MenuSamedi 23 août
Journal des parents
Nous nous rendons compte que nous approchons du village en constatant que les visages s'éclairent, les sourires apparaissent chez les villageois rencontrés le long de la piste: de toute évidence, ils savent qui on est! Et puis, ça y est, nous entrons à Gape Aloyi où nous attend le chef, revêtu pour l'occasion de son costume traditionnel. Les enfants du village aussi attendent et chantent pour nous.
Une semaine à peine après notre arrivée en Afrique, premier contact avec un village africain... Lors de son précédent passage dans le village fin juillet, Eric avait promis de revenir avec sa famille et le chef lui avait promis une fête d'arrivée. Il n'était donc pas question de revenir sur ces promesses, et le samedi à 7 heures, nous étions en route. Premier constat: pour arriver à Gape Aloyi , il faut le mériter! 2 heures 30 de route, dont 1 heure 30 de piste défoncée, dans la poussière, en frôlant les piétons qui surgissent à l'improviste des herbes bordant la route.
Après les traditionnelles salutations d'usage, je suis invitée avec les enfants à visiter le village , dans la chaleur et la poussière. Direction l'école, ou du moins ce qui s'en veut une: allez voir le projet humanitaire sur le site, vous comprendrez... Les enfants restent bouche bée devant les classes! Et puis direction le dispensaire, tout neuf, fierté du village, construit grâce à des associations humanitaires. L'intérieur est plus spartiate: des lits sans draps, pas de moustiquaires aux fenêtres, une pharmacie peu fournie, pas d'électricité ni d'eau, pas de médecin mais un infirmier,... Et pourtant les gens font des kilomètres à pied pour venir s'y faire soigner. Un petit détour par le féticheur et offrande au fétiche du village. Le Togo est catholique, musulman ou protestant le jour, et unanimement animiste la nuit. Autre ambiance avec les enfants qui découvrent que dans le village les jolis animaux qui gambadent( poussins, chevreaux,...) ne se laissent pas approcher: on n'est pas dans un zoo, ici c'est la nourriture sur pied! Les calebasses dans les arbres les intriguent aussi beaucoup, on dirait des pastèques, ici on en fait de la vaisselle. Retour sous l'apatame du village, on nous invite à entrer dans une case, sans les enfants... Eric et moi en ressortons avec le tenue traditionnelle, nous sommes longuement applaudis! C'est l'heure du déjeuner et on nous convie au repas traditionnel: igname bouilli, pâtes et sauce à base de tomates. Les enfants découvrent, grimacent un peu en découvrant que la sauce tomate est fortement pimentée, crachent du feu et essaient en vain de l'éteindre avec du fanta... Mais ça marche pas!!! Le repas est agrémenté de sudabi, l'alcool local obtenu à base de distillation de vin de palme. Les méchantes langues disent que cet alcool gri lle les neurones... je confirme: je vais garder pendant 3 jours mon mal de tête! Pendant le repas, les tam-tams ont résonné de plus en plus fort, les chants ont monté en intensité, on sent que l'heure de la fête a sonné. Toujours en notre honneur, les femmes entament les danses traditionnelles: nous sommes épatés par leur sens du rythme et leur synchronisme. Bien entendu, nous étions prévenus, arrive le moment où on nous invite à notre tour à danser: c'est sans complexe que je me lance encouragée par les femmes, suivie d'Eric qui accompagne le chef. Les enfants restent sans voix, ils n'ont jamais vu leurs parents danser ainsi!!! Du coup, eux aussi ils se lancent, mais c'est indéniable, ils n'ont pas le rythme des enfants africains... Après toutes ces réjouissances et l'obligatoire match de foot, nous voilà prêts à partir au son des chants et tambours qui nous disent au revoir et de revenir bientôt. Le coffre de la voiture se remplit d'ignames et d'un jerrican de sudabi (!!!). Les femmes du village m'offrent le pagne que j'ai porté, le cadeau est somptueux, je suis très émue par ce geste. Encore un arrêt au village voisin chez le frère du chef que nous offenserions beaucoup si nous ne nous arrêtions pas, encore un verre de sudabi après la visite de la distillerie, et encore des cadeaux: cette fois, ce sont des petites bananes qu'Anaïs semble pouvoir ingurgiter sans fin... Et voilà, notre première visite de village africain s'achève, nous sommes tous plus fatigués et plus poussiéreux les uns que les autres, mais de retour à Lomé les tam-tams résonnent encore, les images sont gravées, les émotions sincères.
Chapitre 2 Intronisation Africaine